Les COULeurs de robe CHEZ le chow chow en france


Article de Julien Marchetti , publié dans THE CHOW CHOW MAGAZINE 

Les couleurs de robe chez le chow-chow en France

Julien Marchetti – du Puzzle Chinois (2017)

 

Depuis une quinzaine d’années environ, l’un des événements majeurs qui a affecté le chow-chow en France est le développement de variétés précédemment peu répandues, en particulier le chow-chow crème et le chow-chow à poil court. Au Royaume-Uni, le pays qui patronne encore, à l’heure actuelle, le standard de race, a connu le même phénomène. Plus récemment, c’est la couleur « cinnamon », qui s’est propagée parmi le cheptel français.

 

 

Ces changements dans la composition du cheptel français ne sont pas sans soulever plusieurs questions : est-ce que ces couleurs ont toujours existé ? Comment se transmettent-elles ? A ces questions, bon nombre de réponses plus ou moins fantaisistes ont été apportées. En effet, l’étude des couleurs de robe chez le chow présente une singulière complexité en France puisque les couleurs officielles ont cédé leur place à d’autres appellations.

Le casse-tête à la cannelle

 

 

Avant de commencer, il faut comprendre qu’il existe un détournement de langage typiquement français concernant la couleur fauve. En effet, le standard FCI indique que le chow-chow se décline dans les couleurs suivantes (dans ses versions anglaise et française) :

 

Standard FCI ( version anglaise) Black Blue Fawn Cream White  

Standard FCI ( version française)

Noir Bleu Fauve Crème Blanc  

Standard US

Black Blue Cinnamon Cream White  

 

Rapproché du standard américain, on voit bien que la traduction française de la couleur « cinnamon » est bien « fauve ». C’est le mot qu’il convient donc d’utiliser. Or, dans l’esprit de la plupart des français, un chow-chow fauve n’est pas un chow-chow cinnamon/fawn, mais un chow rouge au sens du standard, dont la nuance est claire. En effet, pour ce dernier, la couleur rouge désigne les teintes allant de l’acajou le plus foncé jusqu’au blond le plus clair. Dans ce qui va suivre, ce sont les couleurs du standard qui seront utilisées.

 

Règles de transmission de couleurs chez le chow-chow

 

 

Une étude basée sur les inscriptions au LOF depuis 1905 permet d’établir le tableau suivant (les données concernant les mariages fauve x fauve et fauve x crème sont reproduites sous réserve du fait du faible nombre de mariages réalisés) :

NB: les parents doivent être porteurs de la couleur pour la transmettre 

Couleur des parents  Noir Bleu Rouge Fauve  Crème
Noir Noir X X X X  X
Noir Bleu X X X X X
Noir Rouge  X X X X X
Noir Fauve X X X X X
Noir Crème X X X X X
Bleu Bleu   X   X X
Bleu Rouge X X X X X
Bleu Fauve   X   X X
Bleu Crème X X X X X
Rouge Rouge     X X X
Rouge Fauve     X X X
Rouge Crème X X X X X
Fauve Fauve       X X
Fauve Crème   X X X X
Crème Crème        

X

 

On notera ici que, contrairement à une idée reçue, malheureusement affirmée à de trop nombreuses reprises, la couleur crème n’est pas du rouge très clair mais bel et bien une couleur à part entière. Son mode de transmission diffère en effet de celui du rouge. D’ailleurs, les sujets crèmes possèdent des spécificités que les spécialistes peuvent déceler par rapport à un rouge (aspect différent de la truffe, de la bouche ou des muqueuses). La couleur crème est la seule qui puisse être obtenue dans toutes les combinaisons possibles, sous réserve bien sûr que les deux parents soient porteurs.

 

S’agissant du poil court, ses caractéristiques génétiques lui permettent de se transmettre en étant présent chez seulement un seul des deux parents. Dans quelques rares cas, il a par ailleurs été observé dans le LOF des naissances de chows à poils courts issues de l’union de deux parents à poils longs.

 

Des variétés de chows aussi ancestrales que la race elle-même

 

 

C’est à tort que certains amateurs de chows qualifient la couleur crème ou fauve de « mutantes » ou de « nouvelles ». Ces couleurs ont toujours existé et les premiers chows importés en Europe au XIXème siècle en sont l’illustration parfaite.

 

 

En Angleterre, pays ayant accueilli le chow-chow puis diffusé celui-ci à travers l’Europe, on remarque que la plupart des chows importés étaient porteurs de toutes les couleurs, y compris le gène crème et fauve. Ainsi, des chows crèmes ont vu le jour dès le commencement de la race en Europe. Citons par exemple Poyang (m. né en 1906), dont le grand père et quelques arrières grands-parents étaient importés d’Asie. Le champion anglais et français Shylock, issu en seconde génération de chows importés, produisit directement ou non plusieurs chows crèmes en Angleterre (Miss Topside f. née en 1910 ou Moorwood Prince m. né en 1914). Ce champion passa entre plusieurs mains avant d’aller vivre en France au château de Beauregard, chez la comtesse de Cholet. Il produisit alors des chows de toutes les couleurs, directement ou non, parmi lesquels son arrière-petit-fils Chi-Ki m. à poil court né en 1906.

 

L’évolution des couleurs de robe en France dans le XXème siècle

 

 

Jusque dans les années 1910/1920, tous les types de poils et de couleurs étaient représentés en France. Puis, le chow-chow à poil court fut le premier à tomber dans l’oubli après 1925, de sorte que même les experts tels que Fernand Mery (secrétaire général du Chow-Chow Club de France et président d’honneur du groupement des amis du chow et du Chow-Chow Club Français) doutèrent de son existence réelle. Il ne réapparut qu’en 1972 chez Janine Lachassine (du Temple Haolo). Parmi une portée de chiots à poils longs, issus de parents à poils longs eux aussi, un mâle rouge qui allait répondre au nom de Varcof du Temple Haolo fit la surprise générale. Janine Lachassine le garda à la maison et il produisit ensuite plusieurs chows à poils courts, dont Jimbo du Temple Haolo, m. crème né en 1974. A la suite du décès de Janine en 1977, l’élevage fut reprit un temps par son mari avant de fermer définitivement au début des années 1980. Seul Okim du Temple Haolo (m. crème à poil court né en 1978) continua une carrière de reproducteur. Il fut cédé à Jacques Roboam (de Syr Daria) et produisit une trentaine chiots inscrits au LOF dont le mâle bleu à poil court Patchi Lama de Syr Daria, qui fut le premier chow à devenir champion de France en 1982. Le chow à poil court fut le coup de cœur de Jacques Roboam qui importa ensuite une chienne rouge à poil court d’Allemagne. Toutefois, aucun des descendants de ces chows à poils courts ne perpétua cette variété qui tomba à nouveau dans l’oubli à la fin des années 1980. En 2000, à la faveur de Valérie Potter (Kiyat) et, surtout, d’Eliane Martineau (du Lee Dou des Thitounes) des chows à poils courts furent importés en France et firent souche. C’est cette dernière qui fut à l’origine du regain de popularité du poil court au tout début des années 2000.

Du côté des chows à poils longs, évidemment, les rouges et les noirs furent toujours les couleurs les plus représentées traditionnellement, suivis par les bleus. Ces derniers connurent un engouement plus marqué avec quelques champions notables : Siao-Lan (m. né en 1920), Mah-Jong (m. né en 1924), Chouki-Blue (f. née en 1926) ou encore Kou-Ling Jeff-Ka (f. née en 1935). Certains éleveurs en firent leur spécialité dans l’entre deux guerre, comme par exemple Camille Vernades ou le baron Robert de Rothschild. Ils furent ensuite produits de manière plus confidentielle avant de connaître à nouveau regain d’intérêt dans les années 1990, grâce à l’ambassadeur que fut le célèbre champion Oes-Ming Chy-Nees (m. bleu né en 1987).

 

Du côté des chows à poils longs, évidemment, les rouges et les noirs furent toujours les couleurs les plus représentées traditionnellement, suivis par les bleus. Ces derniers connurent un engouement plus marqué avec quelques champions notables : Siao-Lan (m. né en 1920), Mah-Jong (m. né en 1924), Chouki-Blue (f. née en 1926) ou encore Kou-Ling Jeff-Ka (f. née en 1935). Certains éleveurs en firent leur spécialité dans l’entre deux guerre, comme par exemple Camille Vernades ou le baron Robert de Rothschild. Ils furent ensuite produits de manière plus confidentielle avant de connaître à nouveau regain d’intérêt dans les années 1990, grâce à l’ambassadeur que fut le célèbre champion Oes-Ming Chy-Nees (m. bleu né en 1987).

 

 

S’agissant des crèmes et des fauves, on note que ces variétés vécurent dans plusieurs élevages français depuis l’implantation de la race dans le pays jusque dans les années 1950. Ces couleurs n’étaient pas très appréciées et elles étaient le plus souvent le fruit du hasard, puisqu’à cette époque la plupart des chows portaient toutes les couleurs dans leur pedigree. Christiane Musnik (d’Itzas Mendi) produisit des chows à poils longs de toutes les couleurs, y compris du crème assez régulièrement dans les années 1950, de même que Jean Hamel (du Sytka). A partir de 1960 que les chows crèmes connurent une véritable disette. Ils furent ensuite réintroduits en France de manière significative par Janine Lachassine, notamment par une descendance de Perkychow Zulu, un mâle noir bien connu Outre-Manche pour produire des chows crèmes.

 

Tout comme le poil court, la couleur crème tomba dans l’oubli dans la fin des années 1980. Toutefois, Francine Lambert-Botteau contribua largement à les réimplanter à nouveau dans l’hexagone durant la décennie 1990. Elle acquit un mâle crème d’Europe de l’Est, baptisé Arom Pa-Ko. Il était issu d’un chow « Mi-Pao », élevage canadien spécialisé dans la production de chows crèmes. Combiné à des souches belgo-néerlandaises porteuses du gène, la progéniture d’Arom Pa-Ko donna naissance à plusieurs chows crèmes, dont Pai et Praia de Berlaimont, à Eliane Martineau. Ces lignées donnèrent également du crème à plusieurs éleveurs, comme Marie-Louise Duflot (du Palais Blanc), Jean-Claude Debonne (du Domaine du Bois Robin) ou Paul Lamour (du Li-Tchéoung). Seules ces souches portaient la couleur en France ce qui explique que les quantités produites restèrent assez faibles. A la fin des années 1990, une autre souche, plus discrète en termes de production, s’implanta en France grâce à des imports canadiens réalisés par Nicole Metz. On notera Mi-Tu’s Carmel’s N Cream, m. crème né en 1995, tenant de plusieurs titres dont celui de champion de France mais décédé me semble-t-il après quelques années. Il s’agissait du second champion de France crème, la première étant une femelle importée d’Angleterre, qui homologua son titre en 1997. Elle appartenait à Francine Smets (of Blue Baron) et répondait au nom de Melyan Cream Marshmellow. Elle ne donna malheureusement aucuns chiots.

 

Le nouveau millénaire et l’engouement du grand public pour le chow-chow crème

 

 

Dans les années 2000, le chow crème devint la nouvelle star. Entre 2000 et 2004, une trentaine de chiots de cette teinte furent inscrits au LOF. Entre 2005 et 2009, ils furent plus de 110. La raison tient au nombre d’imports qui explosa. En effet, le nouveau millénaire fut marqué par l’arrivée de Jowtrix Creme Cariona en 2002, suivie ensuite par Jowtrix Creme Chicuelo, par les hongrois Koko-Hazi Aladar et Vizimolnar Kutyalak Anzsi en 2004, par White Angel de Los Perros de Bigo et Mi-Pao’s Mont Blanc Creme en 2005. Le point d’orgue fut l’année 2006 qui enregistra les imports des crèmes Mi-Pao’s Cream Snow Fairy, Rossy White Wolf, Rossy Cream Zelda, Chowhill’s Tomorrow Never Dies (poil court) et enfin le champion Pei Fang Creme Noddi. Ce chow en particulier eut une influence significative sur le cheptel français avec plus de 100 chiots produits dont un tiers de couleur crème. En 2010 et en 2012, le LOF permet de deviner que le crème était en passe de rattraper le noir, alors deuxième couleur la plus représentée dans la race derrière le rouge. Qui l’eut cru ?

 

Alors que cette couleur a toujours été assez confidentielle, pourquoi est-elle subitement devenue si populaire au début des années 2000 ? L’explication tient à l’ambassadeur que fut le champion Mi-Pao’s Cream Casper pour la couleur. Il remporta de nombreuses récompenses à l’étranger et en France, dont l’immense honneur d’être sacré meilleur chien toutes races confondues de l’exposition canine de championnat organisée par la Société Centrale Canine en 2003. En Angleterre, le même engouement put être observé alors que le champion crème Tanlap Tuftytitan remportait par deux fois le titre de meilleur de race de l’exposition canine Crufts (2004 et 2008) ainsi que celui de meilleur chow-chow de l’exposition « chow of the year show » en 2008.

 

On notera ici l’accomplissement du travail de deux éleveurs qui ont marqué le chow-chow crème en en faisant leur spécialité : Paul Odenkirchen (Canada), affixe Mi-Pao et Jack Tric (Angleterre), affixe Jowtrix, qui se trouve derrière Tanlap Tuftytitan.

 

 

Actuellement, les engouements pour le crème et le poil court ont modifié de façon indéniable la proportion des couleurs dans les pedigrees français. Aujourd’hui, le crème, le fauve et le poil court sont plus que jamais implantés dans l’hexagone, ce qui révèle un problème administratif typiquement français.

 

L’imparfaite prise en compte des couleurs du chow d’un point de vue administratif ainsi révélée

 

Il règne en France actuellement une réelle confusion dans la compréhension des couleurs. Elle n’avait pas sauté aux yeux jusqu’au développement récent des chows crèmes et fauves.

 

Retour sur l’histoire. Jusqu’au milieu du XXème siècle, les producteurs étaient libres d’indiquer la couleur de leur choix sur les pedigrees. La société centrale canine se bornait à reproduire la dénomination choisie par le producteur. On trouvait ainsi des chows de teinte isabelle, beige, feu, blonde, rousse ou encore grise. Seul le noir réussit à tirer son épingle du jeu.

 

 

A partir des années 1950, le club de race tenta de rationnaliser un peu cet imbroglio en rappelant aux producteurs les termes à utiliser. Les efforts payèrent puisque les couleurs des chows inscrits au LOF se normalisèrent. Ainsi, entre 1960 et 1980, on dénombre dans le livre des origines français de la race (LOF) à peine une centaine d’inscriptions indiquant une couleur non prévue par le standard, ce qui ne représente que 2% des chows inscrits. Presque une broutille. 

 

 

Inscriptions au LOF 1960-1980  
Couleurs  Proportion
Noir 10,35%
Rouge 68,29%
Fauve * 16,19%
Bleu 2,75%
Crème 0,26%
Jaune 0,09%
Gris 0;07%
Isabelle 0,12%
Beige 0,48%
 Sable  0,02%
Blanc 0,02%

 

A cette époque, les chows crèmes et fauves avaient quasiment disparus en France, si bien que les producteurs français, qui n’avaient jamais vu de telles couleurs, se mirent à penser que les crèmes et les fauves désignaient en fait des variations de la couleur rouge. Ainsi, les rouges « moyens » furent qualifiés de fauve tandis que les chows rouges « très clairs », presque blonds, furent qualifiés de « crèmes ».

 

Même si cette politique n’était pas en accord avec le standard, elle pouvait néanmoins être appréhendée lorsqu’on était muni de cette clé de lecture. Elle trouva rapidement ses limites lorsque Janine Lachassine (du Temple Haolo) réintroduit en France le chow-chow crème. Comment qualifier un tel chow puisque jusqu’alors, le crème qualifiait les chows rouges clairs ? Qu’à cela ne tienne, le terme blanc, prévu par le standard, leur fut attribué. Plus tard, lorsque Francine Lambert-Botteau réintroduit, à nouveau, le chow crème en France, c’est la dénomination « sable » qui désigna la couleur.

 

A la fin des années 1980, la société centrale canine mit au point une nomenclature pour rationaliser les dénominations de couleurs dans laquelle chaque chien de race devait s’inscrire. La voix du club de race n’ayant pu être entendue du fait notamment de quelques tumultes internes, les couleurs prévues par le standard du chow-chow ne furent pas toutes retranscrites dans cette nomenclature. Pas de crème. De plus, la liste comporte l’appellation « fauve rouge » qui entretient la confusion puisqu’elle réunit deux couleurs portant bien distinctes l’une de l’autre (c’est un peu comme si on disait : « tiens, ce chow est crème-noir »). Depuis, les producteurs ont perdu leur latin et il est, encore à l’heure actuelle, absolument impossible d’appréhender avec précision les couleurs dans le cheptel français sans avoir une expertise poussée de la composition des chenils. J’ai souvenir d’une anecdote racontée par le responsable d’un livre des origines européen, qui ne savait pas comment codifier un chow-chow français exporté et qualifié de « beige ». Le sujet fut inscrit dans son pays de résidence comme « red » (rouge). Il fut marié à un chow rouge et, à la stupéfaction du responsable du livre des origines, il lui fut demandé d’inscrire des chiots noirs issus de ce mariage. Evidemment, les alertes furent lancées de toute part car un tel résultat ne pouvait être que le résultat d’une mésalliance. Hé non, l’heureux papa français des chiots était en fait crème et non pas rouge. Un très beau crème, très clair, impossible à confondre avec un rouge. Mais le responsable du livre des origines ne peut voir chaque chien qu’il inscrit !

 

 

En conclusion, dans un contexte où les couleurs de robe sont solidement implantées en France, l’imparfaite appréhension administrative des couleurs révèle une sorte de chaos pour quiconque essaie de comprendre les couleurs du chow français.